Retour sur... Miracle à Santa Anna *

Publié le par fragments d'âme

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Film interdit, film censuré, film polémique, Miracle à Santa Anna a fait couler beaucoup d'encre dans nos contrées. De façon aussi étrange qu'inexplicable, TF1 a refusé de le distribuer en France, que ce soit en salles ou en dvd.

C'est donc avec une certaine surprise que j'ai découvert ce film sur TF1. Certes, et que valait-il au final ? Pourquoi censurer un réalisateur aussi reconnu que Spike Lee ?

La réponse est simple : le film est tellement maladroit que tout peut être compris de travers.

 

Sorte de pendant à Indigènes, avec lequel il partage une même fin tragique, un gouvernement foulant les droits des soldats noirs, et le même personnage de l'ultime survivant, auquel on s'attendait le moins, Miracle à Santa Anna tente de mener sa lutte pour la reconnaissance des soldats noirs

 

A l'opposé du film de Rachid Bouchareb qui agissait peu et se regardait beaucoup (mais ce n'est pas un reproche), Spike Lee agit. Plutôt que de placer ses personnages dans un no man's land qu'est pour eux le territoire de la métropole, il les place d'emblée dans une situation périlleuse. Abandonnés par leurs hiérarchie, ils doivent lutter pour survivre.

 

Voilà donc notre petit groupe de bufalo soldiers dans un charmant petit village italien. Spike Lee excelle ici à retranscrire l'ambiance du village sous l'occupation nazie. D'une part, en se concentrant sur la ruralité du coin, il met en évidence ces petites communautés concentrés autour de leurs églises, et dont le prêtre est le représentant légal. D'autre part, en se concentrant sur une famille de fascistes, il touche à une idée politique extrêmement intéressante. Plutôt que de placer d'emblée le blame sur les fascistes, ses personnages attachants de papys rustiques fascistes, et de résistants déchirés par leurs idées politiques diverses se chargent de déculpabiliser ce mouvement politique. C'est les dérives qui en sont faites qui causent ces troubles.

 

Ce n'est certes pas sur cette famille italienne que porte le film. Repartons donc à ce petit groupe de soldats noirs. C'est là que le bat blesse. Tiraillé entre son combat pour la reconnaissance des soldats noirs et son message plus universel, James McBride ne sait jamais quelle direction son scénario doit emprunter. Résultat, aucun personnage fort ne se détache, si ce n'est monsieur "géant chocolat", qui semble n'être ici que pour légitimer et incarner les croyances mystiques de tous nos personnages.

Et c'est là justement, qu'on en vient à regretter les longs temps morts d'indigènes. Rachid Bouchareb a eu l'intelligence de laisser ses situations et ses personnages parler par eux même, sans leur infliger une suite de dialogues pitoyables, foutraques et contradictoires. Sans paroles ou presque, il mettait en scène le fossée entre les soldats français et ceux d'outre mer. Ici, on ne ressent jamais cela autrement que par l'artifice, par le dialogue. Certes, cela révolte au premier abord, d'autant plus que tout est vrai. Et ce combat est noble.

Mais à force de recourir aux flashs backs, au récit traditionnel hollywoodien pour raconter son histoire, Spike Lee finit par en négliger le présent, et à s'aliéner le passé. Ce passé devient une suite de massacre sans fin dont on finit par décrocher. Le présent quand à lui est une sorte de petit paradis, puisque très vite nos personnages s'organisent. Et ce ne sont pas les plans de détail sur les uniformes nazis qui changeront la donne. Et ce petit paradis se laisse vivre doucement avec de pales histoires d'amour mal écrites, jouées par des personnages sous écrits, tout juste bon à ressentir soit une émotion primaire, soit un premier émoi, soit la débilité pure et simple. On n'arrive jamais vraiment à s'attacher à ces personnages simplistes et pas très bien joués, et cela nuit bien évidemment au message de Spike Lee.

 

Les seuls bouts d'intrigue valables que McBride tente de ficeler sont les trahisons des résistants italiens. Ces personnages sont incarnés, ils sont complexes sans trop l'être, ils sont apres et rudes, et n'ont pas l'air de sortir de synécure. En une seule scène, lorsque l'un de nos résistants retourne au camps et surprend sans difficulté les deux "gardes" en train de papoter, il les place dans un contexte autrement plus difficile que la petite bulle qui se déroule plus bas avec les bufalo soldiers. 

 

Malgré tout, Spike Lee parvient à être intéressant, et même franchement passionnant lors de la première séquence de bataille, durant laquelle on est plongé dans cette ambiance de bataille. Assez brillament réussie, cette séquence souffrait déjà de son personnage de capitaine blanc dégénéré. L'artificialité du film aura fini par l'emporter sur son message. Grand coup de chapeau donc à monsieur Bouchareb, qui mine de rien a réalisé avec Indigènes un joli petit film sur ce sujet, que les américains et leur surenchère ne sont pas prêts d'égaler chez eux. (et j'assume)

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C
Tout cela est effectivement assez simpliste. Et finalement, il n'y a pas à regretter que le film ne soit pas sorti en France. J'avais fait une critique sur AlloCiné, que je vais remettre sur mon<br /> nouveau site...
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