Le Silmarillion de J.R.R Tolkien : La croyance, moteur du merveilleux

Publié le par fragments d'âme

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Le Silmarillionest un livre de J.R.R. Tolkien, qui a passé toute sa vie à l'écrire à le réécrire et le réécrire encore. Il a été achevé après sa mort par son fils Christopher Tolkien et l'écrivain canadien Guy Gavriel Kay et publié en 1977 (rappelons que son auteur est mort en 1973).

Ce livre particulier raconte l'histoire du monde du Seigneur des anneaux, la terre du milieu, durant une période que son auteur a appelé «premier âge», Le seigneur des anneaux se déroulant dans le «troisième âge», plusieurs millénaires plus tard.

Le livre est constitué de 5 parties : Ainulindalë, qui raconte la création du monde par une grande puissance appelée Illuvatar ; Valaquenta, qui est consacré à l'histoire du premier peuple du monde, les valars, des puissances douées de magie créées par Illuvatar ; la Quenta Silmarillion, l'histoire des hommes et des elfes au premier âge ; l'Akallabeth, le récit de la chute de Numénor, un récit du second âge ; et enfin, un bref résumé des évènements précédant directement Le seigneur des anneaux. Les récits du premier âge (excluant l'Akallabeth et le récit des anneaux) sont directement marqués par l'influence d'une puissance maléfique représentée par un individu de sexe masculin appelé Melkor ou Morgoth. Cette puissance s'oppose à ses pairs, les valars, dont les autres représentants sont les défenseurs des «enfants d'illuvatar», les elfes et les hommes.

 

Le style et l'ampleur clament la volonté de JRR Tolkien. Loin d'un récit de sale gosse désirant s'évader du monde, ou dresser un constat noir et localisé, Tolkien choisit de dérouler son histoire sur des millénaires, et d'en faire un exutoire de ses croyances personnelles.

Ici, la présence d'un être suprème et omniscient rappelle la religion catholique qui le berce depuis sa conversion en 1900 (à la suite de sa mère). Il en récupère également un goût du rituel, de la prose pompeuse et des phrases sentencieuses.

On retrouve un lot de thème issues du judaisme et du christianisme. Le voyage, le déracinement, forgent les elfes, qui voyagent vers Valinor, qui est en quelques sortes leur terre promise, les hommes à leur suite, bien que Valinor leur soit interdit. Le choix est très important, héritage catholique. Déjà chez les elfes se faisaient sentir des scissions, entre les différentes parties, chacune souhaitant voyager à sa manière. Cela est exacerbé chez les hommes, dont les Edain, un peuple souhaitant découvrir la lumière de Valinor et faisant confiance aux elfes se retrouvent de fait hais par les autres hommes.

 

Mais Tolkien ne se limite pas à la culture judéo chrétienne. Il disait que «de tous les mythes qu'ont inventé les hommes depuis le début de l'histoire, je ne peux pas croire qu'il n'y ai pas eu une part de vérité». Pour exprimer sa croyance, il cherche les idées les plus frappantes, les figures du mal les plus fortes.

Etant déjà allé chercher les elfes, représentants de la sagesse, mais tout de même corruptibles, il invoque des références scandinaves, allant y chercher les orcs, les nains, les trolls, les dragons. Tout un imaginaire barbare et brutal, représentant la part la plus sombre de son univers.

Elle est là son originalité. Elle est de mélanger les cultures pour frapper par des figures fortes et symboliques représentants les différents versants de sa croyance.

Tolkien est un homme qui aime profondément la vie, qui est profondément croyant, et qui a une affection profonde pour les mythes et légendes qui ont forgé son succès. Cette sincérité conduit à l'impression qu'il invoque des références sans jamais les trahir, faisant ressortir par leur mélange la force intrinsèque de chacune.

 

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Une autre chose incroyable dans ce recueil de croyances, c'est que Tolkien choisit de citer cet univers comme étant notre monde à une période bien lointaine. Loin de créer un monde, il incite au contraire tous ses lecteurs, aussi bien ceux du Seigneur des Anneaux que du Silmarillionà considérer son œuvre non comme un nouvel univers à explorer, mais comme un exutoire de ses propres expériences, et surtout une terre parallèle à celle d'aujourd'hui. Un âge des héros dans lequel les hommes seraient présents, et durant lequel les bases du monde seraient posées, avec déjà leur lot d'avarice, de cupidité, de recherche de pouvoir, mais aussi d'amour, de grand amour.

 

C'est cet amour que Tolkien met en exergue dans Le Silmarillion. Il le représente à n'en pas douter comme l'émotion fondatrice de la bonté humaine. Il insiste en particulier l'amour apporté par les femmes aux hommes.

Le Silmarillionest marqué par la personnalité forte de la mère. Déjà parmi les valars, puissances qui gouvernent le monde, la création, les plantes, les soins, et toutes les notions maternelles sont représentées par des déesses.

Plus généralement, et plus loin de son influence catholique, la femme, bien que représentée souvent comme la mère, et c'est le cas notamment de Mellian, déesse femme d'un roi elfe, Thingol, ou de Morwen, une femme humaine, mère de Turin, un héros humain et Nienor, sa soeur, n'est pas simplement la représentante et protectrice de la vie, mais également sa championne. Morwen parcoure la moitié du Bélériand pour essayer de retrouver son fils, Luthien, la femme elfe accompagne l'homme Beren jusque dans l'antre de Morgoth, par amour.

On peut voir dans ces grands sacrifices féminins la figure de la mère de Tolkien, morte en 1904, et qui a grandement marqué le jeune homme.

 

Loin de se limiter à mixer toutes ces influences bêtement, Tolkien les fait interagir. Les elfes, les nains et les hommes principalement, sont les représentants de sa pensée. Ils sont en perpétuelle réflexion sur leur nature et leur relation aux autres. En effet, placer des elfes, immortels, sages, beaux, mais arrogants parfois, avec les hommes, mortels et fragiles était s'exposer à des conflits d'ordres moraux entre les deux.

A travers des récits aussi déchirants que Beren et Luthien, Les enfants de Hurin, Tolkien dépeint deux superbes drames sur l'incommunicabilité, qui représentent la difficulté des hommes à trouver leur place dans un monde gouverné par les rois elfes.

 

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Des millénaires après les évènements du premier âge, à Numénor (dans le quatrième récit de ce livre : l'Akallabeth), les hommes de Numénor, pourtant doués de longue vie et de grand pouvoir et sagesse se rebelleront contre les elfes, avec la réponse divine immédiate qu'est la submersion totale de leur pays insulaire. Cela rappelle encore à la vision de Tolkien sur la religion, tout homme a sa place, au dessus de laquelle il ne doit pas prétendre s'élever. Il peut cependant accomplir de grande chose, avec le temps qui lui est imparti.

 

La plus spectaculaire représentation du destin inexorable de l'homme est l'histoire de Turin Turambar, le héros du chapitre, Les enfants de Hurin. Partout où il passe, il cherche à s'imposer et devenir le prince qu'il croit être. Mais il est marqué de la malédiction du «diable» Morgoth, et n'en récoltera que la chute de tous ceux que son ombre recouvrira. Rappelant à tous qu'on ne peut changer le destin qu'en étant humble.

A l'opposé, un homme qui sait outrepasser son destin est Beren. Amoureux de Luthien, une femme elfe, il fait tout pour recueillir la bénédiction de son père pour leur union (son père étant Thingol dont nous avons déjà parlé). Par la force de l'amour, ils parviendront à faire vasciller la puissance de Morgoth, allant même arracher de sa couronne deux pierres : les fameux silmaril !

 

Le Silmarillionest une oeuvre extrêmement vaste aux thématiques variées, toutes étant liées à la croyance d'un homme, JRR Tolkien. Plus que son don des langues et son imagination foisonnante, c'est sa foi inébranlable en le monde, et dans l'existence d'une force qui donne une raison à tout ce manège.

C'est de cette manière qu'est construite son récit. Toutes ces histoires de générations toutes plus malheureuses les unes que les autres trouvent leur aboutissement dans un Deus Exx Machina, un incroyable croisement entre elfes et hommes donnant naissance à un héros légendaire : Earendil, qui tel Jesus le sauveur, serait allé rencontrer les valars et aurait causé la fin de Morgoth.

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